Entre biologique et numérique : l’accident comme vecteur d’architectures complexes ?
Claire Bailly Architecte paysagiste, enseignante à l’Ecole d’architecture Paris-Vals de Seine
En matière d’architecture, de paysage et d’urbanisme, l’accident ou la catastrophe se traitent désormais par la résilience. Souvent simplifiée, cette dernière émerge soit de simulations numériques discutables soit de techniques environnementales passe-partout. L’éco-quartier répond à la smart city. Une fois de plus, numérique et environnement s’opposent mais ils produisent les mêmes effets de stéréotypie. Pourtant, écologie et digital ont en commun leur capacité à saisir la complexité du monde. La première fait science de la complexité du vivant — où l’accident n’est autre qu’un moteur de diversité et de néguentropie. Le numérique, par data-mining, capture, traite, et rend accessible la complexité ; il constitue également de la néguentropie par deep-learning. Depuis la cybernétique, les sciences du vivant n’ont cessé de fonder leurs méthodes sur la modélisation et l’algorithme. S’y sont développés les concepts d’auto- organisation, de propriétés émergentes, d’effets de seuil, de rétro-action. Ces notions sont le socle de l’écologie et de la vraie résilience ; l’algorithme, lui, permet de les comprendre et de les orienter. Dès lors, comment ne pas réviser nos approches des milieux, naturels ou artificiels ? Comment ne pas ré-interroger la place du numérique, celle du vivant, et leurs relations mutuelles, au sein de nos méthodes de projétation ? Et si l’accident était une clef de nos futures démarches de conception ? Et s’il permettait de reprendre pied dans l’écologie, le numérique et l’humain pour créer de nouvelles résiliences culturelles ?
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