Carte d’identité du projet
Projet d’investigation porté par l’Atelier numérique du ministère de la Culture.
Jean Richer (DRAC NA), intrapreneur, et Violaine Rodriguez Lafrasse (Dynergie), coach.
Alain Chevallier (MISSA), sponsor. 
Comité d’investissement du 15 avril 2026.


Un diagnostic alarmant
Changement de paradigme : le réchauffement climatique entraîne une intensification des phénomènes extrêmes (inondations, sécheresses, cyclones) et impose de passer d'une logique de retour à la normale à une adaptation constante face aux « polycrises ».
Risques patrimoniaux : entre 2013 et 2024, 222 sinistres ont été recensés sur des monuments historiques, l'incendie étant la menace prépondérante (59 %), suivi des événements climatiques (26 %).
Discontinuités de l'action : il existe des ruptures entre la phase d'urgence (gérée par la sécurité civile) et la phase de relèvement long terme, laissant souvent les acteurs locaux seuls une fois la crise immédiate passée.
Enseignements de La démarche de design de service
Besoin de coordination : la crise naît souvent de la difficulté pour des organisations hyper-structurées de collaborer avec des entités qu'elles connaissent mal.
Déficit de préparation du Ministère : le ministère de la Culture manque de culture du risque, d'astreintes territoriales et de moyens d'identification visuelle (chasubles) sur le terrain.
Modèle italien : l'Italie est citée comme exemple pour ses équipes d'urgentistes du patrimoine et ses méthodes de confortement d'urgence permettant de sauver les édifices avant leur restauration.
Hypothèse de solution
L’anthropologue et sociologue français Marcel Mauss a théorisé le concept de don et contre-don dans son œuvre majeure publiée en 1925 : Essai sur le don. Forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques.
Pour Mauss, le don n’est jamais totalement gratuit ou désintéressé. Il s’appuie sur un mécanisme social puissant qu’il appelle la triple obligation :
- Donner : le geste initial, qui crée du lien social ou permet d’affirmer un statut.
- Recevoir : on ne peut pas refuser un don sans signifier une rupture, voire une hostilité.
- Rendre : l’obligation du « contre-don ». Pour ne pas perdre la face ou rester en position d’infériorité, le bénéficiaire doit offrir en retour un présent d’une valeur au moins équivalente — souvent supérieure.
L’idée forte, c’est que la plateforme ne repose pas sur une logique descendante où le ministère “demande” aux acteurs de saisir de l’information pour ses propres besoins. Elle repose sur une logique de don / contre-don : le ministère donne une donnée patrimoniale structurée, géolocalisée, contextualisée et immédiatement utile à l’action ; les acteurs de terrain reçoivent une ressource qui les aide à qualifier, orienter et prioriser ; en retour, ils alimentent le système avec les informations produites pendant la crise, ce qui enrichit à nouveau la connaissance collective. Pitch principal intégrant le don / contre-don Créer une plateforme collective où le ministère de la Culture agit comme un véritable État ressource : il met à disposition des acteurs de terrain — gestionnaires, communes, pompiers, experts, associations, BRGM, Cerema — une donnée patrimoniale structurée, géolocalisée et immédiatement mobilisable pour mieux qualifier les situations et prioriser les actions sur le patrimoine touché. En retour, dans une logique de don / contre-don, les acteurs alimentent un dossier sinistre unique partagé avec les informations produites au fil de la crise. La plateforme devient ainsi un espace de réciprocité utile : le ministère apporte un socle de connaissance, les acteurs de terrain l’enrichissent par leurs constats et leurs diagnostics, et l’ensemble produit une intelligence collective opérationnelle, capable de mieux décider avant, pendant et après la crise.
Dans cette perspective, le ministère de la Culture adopte une posture d’« État ressource » en :
- proposant une structuration opérationnelle des données culturelles ;
- mettant à disposition des acteurs de terrain les données culturelles structurées et géolocalisées dont ils ont besoin ;
- diffusant aux bénéficiaires une synthèse des données produites pendant la gestion de crise.
En retour, dans une logique de don et contre-don, les acteurs de terrain alimentent le système en saisissant les informations produites au fil de la gestion de crise.
La solution envisagée consiste donc à créer un outil collectif où ministère de la Culture, gestionnaires, communes, pompiers, experts publics ou agréés, associations, et autres partenaires travaillent enfin à partir d’un même dossier sinistre partagé, enrichi par la convergence des données patrimoniales, territoriales et de modélisation.
La plateforme permet de relier les connaissances détenues par le ministère sur les biens, les données produites par les acteurs de terrain et les apports de partenaires comme le BRGM ou le Cerema, pour qualifier plus vite les situations, prioriser les actions sur le patrimoine touché et assurer une continuité entre signalement, coordination, expertise, suivi et retour d’expérience.
L’ambition n’est pas de créer une base de données supplémentaire, mais de faire émerger une intelligence collective opérationnelle, capable de transformer des informations dispersées en décisions partagées et en interventions mieux ciblées. 


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